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Du 4 mai au 26 juillet 2012, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.
Vernissage le jeudi 3 mai 2012, de 18h à 21h, en présence des photographes.

Pierre Canaguier, Juste un avion dans le ciel
Thomas Chable, Site de Lucy

 

 

 

Pierre Canaguier

Juste un avion dans le ciel
Je vois encore ma grand-mère Maria en train de coudre sur mes recommandations un coupon de serge noire pour me confectionner un manchon étanche à la lumière. Il me permettrait de développer mes films n’importe où, même en plein jour et sans chambre noire. « Toi, tu seras photographe », m’avait-elle dit et j’avais éclaté de rire. C’était au tout début des années 70. Je m’amusais beaucoup et sans prétention avec le développement, le tirage, les produits, les expériences. Et puis j’ai appris le métier, les techniques et même une certaine rigueur. En noir e t blanc, pas en couleur. La couleur était restée pour moi comme un terrain de jeu autour des questions « photographier en couleur ou la couleur ?», « représenter ou interpréter ? »… Jusqu’à ce que les technologies du numérique réussissent à me plonger dans le grand bain chromogène. 

 
 
Le risque de la beauté 
Me voilà donc depuis quatre ans avec un appareil plus petit et plus léger que mes habituels reflex 6x6. Et, qui plus est, doté d’un viseur rectangulaire et à hauteur d’œil. Ces nouvelles pratiques m’ont-elles fait changer ? J’ai le sentiment qu’elles m’ont d’abord déstabilisé, ce qui est une excellente chose, et en conséquence régénéré. Le terrain de jeu reste le même : les espaces naturels ou habités où le hasard m’emporte. L’intérêt que je manifeste pour ces lieux n’a lui aussi guère bougé : rien de particulier ne s’y passe, ils sont sans grande originalité, familiers… juste un avion dans le ciel peut à la rigueur attirer l’œil ! Plus encore qu’avec le noir et blanc et le format carré, je prends le risque de m’aventurer sur les franges de ce que l’on appelle un “cliché“. La couleur me donne envie de frôler de plus près le danger de l’image facile et belle, colorée, déjà vue. Et au dernier moment, quand la banalité de la beauté s’affiche plein cadre dans le collimateur, chercher s’il est possible d’infléchir la visée pour toucher à la beauté de la banalité. 
Merci Maria de m’avoir montré la voie. 
Pierre Canaguier, 5 mars 2012 
 
 
 
 
 
 
Site de Lucy
 
L’Afrique de l’est n’est ni charmante ni accueillante, au sens où on l’entend communément.
C’est un paysage brut et puissant qui s’étend autour de la vallée du Rift, une terre volcanique, ce n’est pas non plus l’éden et encore moins le paradis. (Il fût un temps…)
Les gens qui habitent cette terre ne font qu’un avec elle.
Il n’y a pas très longtemps, cette Afrique vivait en équilibre, en harmonie avec tous les éléments qui la constituait. Depuis, elle s’est fortement urbanisée, les hommes ont quitté la forêt, la savane, les plaines, leurs cultures pour se cloisonner en ville. L’équilibre n’est plus.

Lucy : 3,2 millions d’années et des poussières d’Hommes. Notre symbolique grand-mère à nous tous. 
En Amharique, se dit Dingnês : surprise, étonnement. Une merveille.
Redécouverte en 1974 dans la dépression de la rivière Awahs, C’est le point de départ de ce travail, ce n’est pas tant le lieu mais plutôt les personnes qui vivent sur et autour de ce site qui m’interpellent.
Après autant d’années, il me semble évident de prendre du temps pour faire des rencontres et de la patience pour faire des photos. D’ailleurs en Afrique le temps n’a pas la même consistance qu’en Europe ou plutôt, en Afrique le temps a de la consistance, il est palpable, pas la peine de courir après lui, il est bien là et ne se fait pas oublier.
Voyages, plusieurs voyages pour voir et revoir ces territoires, ces gens qui m’impressionnent avec des séjours d’une durée de un à deux mois. Il me faut connaître ce monde, le quitter, puis revenir encore. A chaque fois que je pose le pied sur la terre Africaine, j’ai l’impression de revenir « chez moi »mais aussi l’impression ou la certitude d’être toujours un apprenti en quête. La photographie est donc le témoin, le résultat de ces différents passages, d’où je reviens à chaque fois étonné de ce que je découvre sur les planches contacts et donc de ce que j’ai vécu sur place.
Ce que je montre n’a ni début ni fin. Les projets bougent à chaque voyage, à chaque accrochage. Ce sont des moments de l’itinéraire des gens et un peu du mien. A chaque fois ils sont donc partiellement différents.
Thomas, Chable, Poulseur, le 9 mars 2012.