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Du 17 mai au 27 juillet 2013, du mercredi au samedi de14h à 19h et sur rendez-vous en dehors de ces horaires.
Vernissage le jeudi 16 mai 2013, de 18h à 21h.
Désir de collection
Dieter Appelt • Thomas Chable • Serge Clément • Beatrix von Conta • Jacques Damez • François Deladerrière • Lionel Fourneaux • Rip Hopkins • William Klein • Jacques-Henri Lartigue • Géraldine Lay • Jean-Claude Palisse • Bernard Plossu • Marc Riboud • Denis Roche • Photographies anonymes

Désir de collection
Dieter Appelt • Thomas ChableSerge ClémentBeatrix von ContaJacques Damez François DeladerrièreLionel FourneauxRip HopkinsWilliam Klein • Jacques-Henri Lartigue • Géraldine LayJean-Claude PalisseBernard Plossu • Marc Riboud • Denis Roche • Photographies anonymes

Désir désigne spécialement, selon le dictionnaire, l’appétence sexuelle, la libido consciente. Collection désigne la réunion d’objets ayant un intérêt esthétique, historique ou scientifique. Ici s’ouvre l’abysse d’une pratique qui exaspère et console le sentiment que jamais nous n’accéderons à la réunion exhaustive de nos désirs.
Dans l’obscurité initiale de nos pulsions, les premiers objets se regroupent en deçà du désir, c’est à dire dans l’inconscient. Là, la magie de la présence et de la rencontre des choses devient tonitruante - nous ne pouvons pas l’ignorer - rappelons nous la fameuse “rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie !” des Chants de Maldoror de Lautréamont. C’est dans ces hasards convoqués que le désir trouve sa source, le conscient se met en marche et la collection se dessine. Les méandres de nos sidérations trouvent des images qui, dans leurs successions et associations, mettent en lumière nos aveuglements.  
La collection est une cartographie intime de nos perceptions. Une mise à plat, dans tous les sens du terme, de l’espace mental. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise collection si elle est incarnée ; elle devient l’itinéraire d’une présence au monde et demande la plus grande attention du regard et de l’intelligence pour être bien comprise. Les œuvres qui la constituent ont toutes été produites indépendamment les unes des autres, seul le collectionneur les met en connivence et leur donne sens. Sa liberté, son plaisir, son désir organisent les rencontres et nous offrent la construction d’un univers. Les anonymes peuvent côtoyer les plus grands noms : ce n’est pas la signature qui importe mais les passages, les directions rectilignes d’un esprit qui préside.
Attention à ne pas se laisser aller à la facilité ; la littéralité des apparences est un piège, les lectures dites savantes, souvent synonymes de conventionnelles, sont inopérantes. Ce qui s’expose est le véritable compère de l’inouï, du mystérieux, il ne suffit pas de le passer sous les fourches caudines de l’expertise pour en déceler l’importance. C’est une affaire d’intelligence des écarts qui scelle et forme le sens d’une perception particulière, privée. Souvent le terme de collection privée est employé pour désigner un ensemble d’œuvres regroupées par une même personne, cette expression est comprise comme la privatisation d’un bien. Et si le mot privé, ici, soulignait le propre à chacun, ce que personne d’autre n’est capable de réaliser ? La collection devient dès lors une œuvre en soi, elle signe ceux qui la créent et est signée par eux.
Désir de collection est une exposition qui engage un dialogue entre les photographies des artistes de la galerie, représentés par des oeuvres singulières, soit inédites, soit chargées d’une importance toute particulière à nos yeux, avec un choix de photographes invités qui accompagnent et complètent le champ de nos intérêts. Une sélection d’images anonymes* soulignera que la magie et la fascination de photographies non attribuées, si fortement chargées d’une fulgurante beauté, a tout à fait sa place aux côtés de la beauté signée.
Notre seul but est de chercher la preuve que ces photographies arrangées et disposées en une exposition créent un remue-ménage, une aura très particulière : le plaisir du désir. Raoul Hausmann, photographe et poète, mais qui malheureusement sera absent de nos murs, écrivait “Nommer les choses, c’est les tuer ; les imaginer, c’est les créer.”


Jacques Damez, Février 2013

*Sélection réalisée en collaboration avec Emmanuelle Fructus (Un livre-une image)