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Du 10 septembre au 31 décembre 2016, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous en dehors de ces horaires.Ouvert entre Noël et jour de l’an : Samedi 24 et du mercredi 28 au vendredi 30 décembre, de 14h à 19h. Samedi 31 décembre de 14h à 17h.

Notre Beauté fixe - “ Photolalies ” pour Denis Roche
Photographies, vidéos, textes : Arièle Bonzon, Pierre Canaguier, Thomas Chable, Serge Clément, Beatrix von Conta, Jacques Damez, François Deladerrière, André Forestier, Lionel Fourneaux, Emmanuelle Fructus, William Klein, Géraldine Lay, Jean-Claude Palisse, Bernard Plossu, Denis Roche, Yves Rozet.

 

Le 2 septembre 2015 Denis Roche est mort. Nous avons perdu une des lucioles de la photographie.*

Comment continuer à transmettre le désir d’entrer dans son œuvre ? Comment lui faire signe, un an plus tard, à l’occasion de nos 35 ans de galerie, en restant simple, sincère, à la hauteur de son intelligence bienveillante et de ce qu’il a offert à la photographie et à la littérature ?

Le titre de l’exposition proposé par Jacques Damez - Notre beauté fixe - à la fois manifeste de nos choix photographiques et évocation dans l’allitération d’un livre fondateur de Denis Roche - Notre antéfixe - est le déclencheur.  Comme lui, qui aimait trouver le titre juste (il en avait le don), nous voulions en choisir un qui soit l’amorce de sa fameuse « montée des circonstances ». L’idée de l’hommage commence à naître.

Puis la « photolalie ». Inventé par Denis Roche, ce mot si musical et évocateur qu’il définit ainsi : « J’appelle photolalie cet écho muet, ce murmure de conversation tue qui surgit entre deux photographies, très au-delà du simple vis-à-vis thématique ou graphique ».

Plus tard encore, cette découverte : le premier livre que Denis nous a offert en 1988 (année de notre rencontre) est justement Photolalies.  Son dernier, édité en novembre 2015, est intitulé Photolalies 1964-2010.
Un laps de temps (1988-2015) vécu ensemble entre deux  « photolalies ». Cette émouvante coïncidence me conforte dans ma décision d’inviter les photographes de la galerie qui le souhaitent, à créer, en toute liberté, une « photolalie » pour Denis Roche.
La règle du jeu : choisir une photographie de Denis pour entrer en conversation avec elle par l’association d’une ou plusieurs photographies, accompagnée(s) ou pas d’un texte.
Retour enthousiaste, teinté d’un brin d’inquiétude !

L’exposition se construit au fur et à mesure des choix de chacun, nous donnons la priorité aux 14 photographes qui tentent le pari.
Puis, nous composons notre mur d’images de celui qui nous a généreusement nourris de ses savoirs.

Seul le photographe et l’homme respecté par ses pairs ont été convoqués. Reste à évoquer la plume si puissante, lyrique et jouissive de Denis Roche, et le grand intellectuel qu’il fut.

La réédition du Boîtier de mélancolie m’incite à proposer à William Klein et Bernard Plossu de placer en vis-à-vis du texte qu’il a écrit pour chacun d’eux, l’image qu’il a retenue dans leur œuvre pour ce magnifique ouvrage.
Nous avons également retrouvé une lettre manuscrite de Denis évoquant l’écriture d’un texte à venir pour le livre Vues de l’esprit de Jacques Damez. Cette lettre et l’incipit publié du texte, accrochés au mur, créeront une autre photolalie, cette fois textuelle.

Pour ces trois photographes (Jacques Damez, William Klein et Bernard Plossu), nous offrirons au public une sélection complémentaire de photographies et vidéos, sorte d’introduction au deuxième temps de Notre beauté fixe (janvier à avril 2017), formulée ainsi par Jacques Damez :

« La photographie n’ est pas en soi un art, seuls ceux qui s’en emparent peuvent en faire une beauté fixe. Ici se trame les fondements de ce qui nous agite depuis 35 ans : qu’est-ce qui fait que cette machine, fabriquée par l’homme et qui ne pense pas, puisse saisir la fulgurance d’une énergie explosive qui concentre une culture et son point d’effacement dans « la rencontre du temps et du beau » comme l'a définie Denis Roche?
Ce qui nous fascine est la manière, la forme - disons-le - le style, que les photographes inventent pour mettre en court-circuit le monde et la mise en scène qu’ils nous en offrent. Toute photographie est la mise en scène d’un réel, qui se mue en l’empreinte digitale ou argentique d’un photographe. C’est donc bien " l’être-là " d’une présence, d’une humanité que nous regardons, en tout cas, c’est ce qui nous intéresse et nous motive.
Par ce titre Notre beauté fixe, nous soulignons que nous parlons de la nôtre, celle qui nous ravit ! Les catégories classificatrices sans cesse en débat nous semblent s’écrouler sur elles-même au vu de l’indépendance, de l’évidence magique, de ce que nous reconnaissons comme des œuvres. C’est l’ascèse du style qui fait la séparation entre la grande masse de ceux qui produisent de l’imagerie et les photographes. Nous cherchons ces photographes qui transforment l’espace-temps en pure présence, qui poussent le réel à ses confins, qui font parler la mutité des images.
Et nous plastiquons ce débat éculé entre l’art contemporain et la photographie. »
     
Catherine Dérioz


* en référence à son livre La disparition des lucioles (réflexions sur l’acte photographique), Éditions de l’Étoile 1982 qui vient d’être réédité par Le Seuil collection Fiction & Cie en juin 2016.