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Du 4 mars au 30 avril 2009, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.
Vernissage le mardi 3 mars 2009, de 18h à 21h, vernissage en présence des photographe.
L'illusion du tranquille
François Deladerrière / Géraldine Lay

 

Nous sommes traversés par de nombreux états quand les photographies sous nos yeux déroulent, révèlent dans lʼapparition de leur sujet, une étrangeté familière. Ces états poussent le familier vers lʼétrangement inquiétant. Sous lʼordre du décalage, du glissement, du désordre des sens, ce que lʼon croit connu et depuis longtemps familier bascule et se brouille. Notre perception vacille et une faille sʼouvre dans le réel : L’illusion du tranquille.
 
François Deladerrière, en possession dʼune chambre 4 x 5 inch, une mécanique en voie dʼoubli, enregistre le repos de lʼobjet, cet état où dans lʼimmobilité et la fixité se pose la question de la fonction. Les lieux de ses repos ont été traversés par des corps qui ont laissé leur marque, leur empreinte mais qui ont déserté les sites. Nous voyons les restes, lʼaprès, déposé en un temps de science fiction hors code, nous décryptons à lʼaveugle, à tâtons, nous fouillons dans notre mémoire pour reconstituer ce qui a présidé à ces dépôts. François explore les épisodes dʼun monde organique en travail, lʼeffacement est à lʼoeuvre, les vestiges abstraits de lʼindustrialisation se consument sous le recouvrement tranquille du suintement du temps. Il y a aussi lʼombre, lʼobscur qui enlacent ses photographies, qui pourtant foisonnent de détails, de définition selon le terme attribué à la qualité des objectifs, mais cela ne suffit pas à expliquer la nature des choses. La précision échoue pour évoquer le trouble immobile, énigmatiquement laconique des lieux de Deladerrière. Lʼombre dans ce quʼelle dissimule sous son épaisseur et son humidité souligne lʼépaisseur de lʼair quʼil a fallu déchirer pour faire apparaître ces scènes. Cernés par des cadrages centrifuges, ces décors sans mise en scène attendent la mise en couleur qui les ramènera dans le réel. Le monochrome domine le silence de ces lieux, il augmente le sentiment dʼarrêt sur image, il impose son temps à notre regard, contrarie et déconnecte nos repères. François Deladerrière photographie entre chien et loup juste avant que la dernière séance nʼait lieu, et que lʼoubli ne passe.
 
Géraldine Lay ne nous laisse pas de choix, nous devons nous en remettre à elle, lui céder et parcourir ce quʼelle nous propose comme une réalité. Celle dʼun monde qui se met en scène, ses personnages sont figés, leur vie est suspendue et la pose immuable. Jamais les regards ne se croisent, chacun interroge un au delà du cadre ou de soi, ce qui revient au même. Tout est en place dans lʼéquilibre ultime qui précède lʼécroulement, la catastrophe post-déclenchement. La tranquillité pesante domine. Dans chaque photographie de nouvelles situations jouent, répètent, nous imposent lʼidée dʼune inéluctable fatalité : celle quʼarrêter intentionnellement le déroulement de la durée débouche paradoxalement sur un vide en attente... Géraldine consigne ces vides au fil des photographies, elle les dépose sur lʼécran de ses tirages, elle les encercle de lumière mordorée, les égratigne de couleur. Le retour obstiné de ses plans de coupe nous met dans le même état que les rêves récurrents, nous sommes face à lʼétrangeté de ce qui se répète. La fascination des associations, des rencontres qui font glisser le réel vers lʼirréel, travaillent la matière de ces failles ordinaires. Ainsi un enfant assis devant un drapé rouge dans son cadre doré nous regarde en face, le seul écran qui nous sépare de lui est celui des flocons de neige, son rêve est de devenir marin, lui qui tient fermement un petit bateau de bois dans sa main droite, et pourtant il est à jamais amarré au cadre de la peinture qui lʼenferme. Cette peinture scellée au sol du parvis dʼun musée est la faille, le passage dans le monde de Géraldine Lay. La fiction se tisse entre les photographies des corps, les paysages miroir, les natures mortes. Le vide en attente de chacune met en écho l’inquiétante étrangeté qui ne sʼéteint jamais tout à fait.

Jacques Damez, 2 janvier 2009.