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Du 10 mai au 15 juillet 2006, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.
Vernissage le mardi 9 mai 2006, de 18h à 21h, vernissage en présence des photographes.
Haute tension - Jean-Claude Palisse
La mort dans l'âme - Lionel Fourneaux
 

Jean-Claude Palisse, Haute tension, 2005-2006.
Des personnages, de face, le regard aveuglant de solitude, nous intiment que l’aveuglement est vision, vision qui n’est plus possibilité de voir, mais impossibilité de ne pas voir. Ces regards sont des formes qui cheminent vers la parole, des formes qui pensent jusqu’à proposer de nous regarder en face. Nous voici dans un face à face avec des noirs d’encre et des ombres blanches qui, dans leurs luttes, tracent la fatale beauté des images d’où un monde se lève sans perspective, comme si on l’avait supprimée et où le seul point de fuite est la spectateur.
 
Devant ces portraits, l’abîme des regards, l’inquiétude des visages nous tiennent, nous retiennent, nous repoussent vers ce que nous sommes, nous retournent vers nous, pas de fuite possible. Ici, la lumière rassemble ses forces pour vaincre par irradiation, la mutité des personnages, leur silence, pour dessiller nos yeux et ouvrir notre vue hors de nous, pour dire : « je vous regarde comme on regarde l’impossible ».
Les quatre cadres noirs qui, joints les uns aux autres, constituent un seul portrait, par leurs moulures saillantes et parfaitement dessinées, jouent le point de mire dans lequel chacun des personnages est tenu. La précision de cette croix de visée les met à distance, ils n’arrivent pas à conquérir leur totale netteté, le flou dans lequel ils restent trahit leur solitude déchirée de colère interrogative.
 
Le noir et blanc, le grain lisse, amènent les formes estompées par l’étirement de la matière photographique à passer du contour à la surface, ce qui interroge la réalité des scènes. Ces personnages n’appartiennent ni au quotidien, même s’ils l’évoquent, ni au cinéma, ni à la publicité, ils sont les cibles de notre conscience.
 
Et nous, les voyeurs, sommes-nous rassurés par le confort d’être du bon côté du viseur ? Ne sommes-nous pas les acteurs de ces écrans sous haute tension ?
Jacques Damez, le 06/02/2006.
 
 
 
Lionel Fourneaux, La mort dans l’âme, 2000.
Dans ce qui m’occupe depuis quelques années – la lecture, collecte et le recyclage de ce trop d’images déversé à l’envi et jusqu’à l’aveuglement par les média – je ne pouvais épargner certains moments de mon travail dont les épreuves ne dérangeaient pourtant personne, à l’ombre, dans leur boîte. Dans l’attente peut-être d’une opportunité, une occasion de voir le jour. Mais pas telles quelles, reprises dans le jeu du déplacement qui en modifie à la fois la destination et le sens. Mises à l’épreuve !
 
Ainsi, la pièce La mort dans l’âme repose sur une manipulation non plus optique (Peau de chagrin, Chambre close...), mais physique d’un film issu d’une séance de portrait ancienne. C’est la surface/matière même du support photographique (le négatif) qui est attaquée ici, avec une violence ravie, par la main et le papier de verre. Il a fallu à ce moment là que cette main griffe avec une sorte de hargne la respectable pellicule. Ah, la spontanéité et l’inexplicable du geste ! Le grain de sable. Contre le processus de la machine photographique dont on sait qu’il est asservi, conçu pour produire efficacement des images lisses, ressemblantes. Contre la mollesse qui nous guette, nous gagne. Contre et pour l’image photographique, ce si peu de matière qui sait si bien nous leurrer. Pour une mise au point réglée maintenant au plus près, sur la cicatrice inscrite. À même la peau, à même la photographie, stigmatisée, désignée.
 
Le geste aurait pu être accompli la mort dans l’âme, s’il ne m’avait pas procuré l’intense sentiment d’une émancipation. 

Lionel Fourneaux