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Du 11 mars au 6 mai 2006, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.
Vernissage le 11 mars 2006, de 16h à 20h, vernissage en présence des photographe.
La montagne en vues
Pierre Canaguier - Thomas Chable - Beatrix von Conta - François Deladerrière

Avouons-le, le paysage reste une chose étrangère, nous sommes terriblement seuls sous les arbres et parmi les ruisseaux qui coulent. Seuls face à la mort, ne sommes-nous pas moins abandonnés que seuls avec les arbres et le mystère de cette vie qui n’est pas la nôtre, toute mystérieuse que puisse être la mort ? Il semble que la nature nous ignore même si nous l’étouffons sous ce que nous nommons paysages urbains. Nous jouons à la dominer comme les enfants jouent avec le feu, nous ne voyons la nature qu’à l’aune de notre rapport à elle, ce qui éloigne son inquiétante et énigmatique présence. Par usure et culture, nous nous sommes adaptés au fait que la nature soit accessoire, que sa réalité aille de soi et qu’il faille en tirer parti le plus possible.
 
Pierre Canaguier, Thomas Chable, Beatrix von Conta, François Deladerrière, face à la montagne, cherchent à nous faire paraître sa profonde indifférence, ce qui est sa beauté. Non pas comme les romantiques allemands qui l’aimaient en lui tournant le dos pour mieux penser à elle. Fondamentalement solitaire, chacun s’attache, avec ses partis-pris, ses points de vue, à l’opacité du visible et aux fourmillements du réel, à la lumière qui est entre les choses et nous. Ils plongent dans la matière et l’espace qui font de la montagne un objet et non plus un sujet, ils traquent l’abstraction offerte par les oppositions blanches de la neige, noires du granit, duveteuses du ciel. Ils jouent des traces et de la présence de l’homme. Ils regardent sans ciller l’étrangeté de cette nature, qui cherche par tous les moyens à les dominer, ils la plient sous un battement de cil qui l’organise en temps suspendu, en profondeur, en rebondissements plastiques, en nappes de couleur et de noir et blanc.
 
La montagne est ici une image intérieure, où nos inquiétudes d’absorption par le vide, le blanc, le noir, les formes triangulaires enchevêtrées, trouvent leur écran. Nous sommes devant des images qui, sous une apparente analogie, sont empreintes du poids des écarts, des glissements de sens qui détournent l’apparence, de beauté touchante. Touchante ne signifiant pas que la beauté est le masque d’une maladresse constante, mais qu’elle est le surgissement d’une qualité
supplémentaire, inouïe, qui lui confère des intervalles imprévisibles. La montagne est, là, laboratoire de l’expression : à partir de la matière brute, des émotions qu’elle donne, du désir qu’elle inspire, les photographes transcendent alors le primat du sujet pour saisir l’objet, “le fatal”.
 
“Le fatal met les idées en échec, le fortuit les déroute.” Georges Braque.
Jacques Damez, le 8/01/06.
 
 

C’est au cours de recherches engagées pour le Musée Géo-Charles d’Echirolles, à la demande d’Elisabeth Chambon sa conservatrice, que l’envie de cette exposition a germé. Nous réfléchissions à d’éventuelles contributions pour l’exposition “Jeux Divers” du 8 février au 30 avril 2006 en résonance avec les XXes Jeux Olympiques d’hiver de Turin, et c’est ainsi que, fortuitement, est née “La montagne en vues”