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Du 18 mai au 23 juillet 2005, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.
Vernissage le 17 mai 2005, de 18h à 21h,  en présence des photographes.
Arièle Bonzon. Passer. Désert aller retour.
Thomas Chable. Odeurs d'Afrique.

L’ultime exposition de la saison fait entendre les échos entre les photographies d’Arièle Bonzon et celles de Thomas Chable. Ces deux photographes ont en effet choisi un ailleurs africain pour traiter de l’infiniment lent, du silence et du voyage intérieur.
 
Arièle Bonzon. Passer. Désert aller retour.
Prises de vues réalisées en octobre 2002 dans le désert marocain. Ici on a le temps qui passe. Nous on reste... Ils sont assis. Ou ils marchent suivant une route sans fin. Ou, plus incroyable encore, ils ne suivent aucune route. Ils marchent en plein dans le paysage, comme s’ils savaient où aller.
Partout la vue porte si loin que l’on s’y sent près de tout, et tout à la fois séparé, seul. Ce que j’entrevois “en passant” évoque précisément l’inverse du sentiment d’éternité fixe qui se dégage du désert.Tout y semble arrêté, quand tout n’y est que mouvement. Même le temps ne s’y retrouve pas. Le passage y serait le seul mode, comme celui d’être au monde. Passer alors, et dans ce mouvement voir ce qui (se) passe. Le lien de ces images avec la matière qui les fait exister est essentiel. Le paysage se colore sous mes yeux. La couleur devient pigment comme la roche. Avec la vitesse la couleur se déplace. Quand le paysage change à la même vitesse que nous, aucun effet de flou ne vient troubler nos perceptions. J’ai choisi pour donner forme à ces photographies, une technique de dépôt et un support de papier totalement mat, pour la couleur et pour le noir & blanc. Le dépôt de l'encre à pigments convient parfaitement au désert, ce lieu qui n'est jamais tout à fait fixé, comme le sable de la dune. L’air est sec.
Le sable et la couleur volent. Noir et blanc se séparent au même point que mobilité et fixité. Tout va infiniment lentement... C'est l’exact envers de la vitesse, mais pas son contraire.
Arièle Bonzon, 2004.
 
Thomas Chable. Odeurs d’Afrique.
Il est né à Bruxelles, dans un ascenseur, en 1962. Études de photographie à Liège avec Hubert Grooteclaes et au bistrot des Carmes, ouvert la nuit (à présent fermé). Depuis, Thomas Chable a pas mal voyagé sans se considérer pour autant (et surtout sans se raconter) comme un grand voyageur.Publiées en 2000, ses Odeurs d’Afrique ont été glanées entre 1993 et 1997, au Burkina Faso, au Mali... Si elles sont relativement pauvres en information, ces images sont en revanche étonnamment riches de sensations ; c’est que, à un discours plaqué de l’extérieur et qui serait de toute façon inadéquat (“Moi j’ai vu, l’Afrique ceci, en Afrique cela”, et autres larges diagonales dessinées à la machette, coupables d’étonnement ou de préméditation), ses images préfèrent l’écoulement et la retenue de ce qui est à peine perceptible, ténu, parfois indicible à force de trop de complexité, ou de trop de simplicité, ou de trop, tout bonnement.
Et puis, chacun son métier. Dans un format carré qui concentre et rend statiques, comme en les suspendant, le temps et l’espace, ses photos énoncent des ombres, des objets simples, des reflets, des signes discrets de vie ou de présence – suivant le rythme écrasé ou nonchalant du soleil sur le sol, ou au gré des flottements de l’intuition et des rencontres. Cherchant la douceur dans la dureté, s’attachant non à l’éternité du mythe, mais à l’intimité de l’instant. Ses impressions de voyages (l’Afrique, mais aussi le Moyen-Orient) ne sont pas celles d’un photojournaliste, d’un randonneur, d’un baroudeur, ni même vraiment d’un voyageur-photographe. Pourtant Chable est tout cela à la fois, et il lui arrive d’ouvrir des fenêtres violemment, de face, en pleine lumière, sur des douleurs humaines impossibles à ignorer. Mais, comme en retrait, il veille à ne pas – au propre comme au figuré – se mélanger les objectifs, et marchant d’autant plus prudemment quand
il sait où il va. C’est, probablement, que la fenêtre qui laisse entrer ces Odeurs d’Afrique s’ouvre tout simplement vers l’intérieur.

Emmanuel D’Autreppe