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Du 6 décembre 2005 au 25 février 2006, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.
Vernissage le lundi 5 décembre 2005, de 22h à 24h, vernissage en présence du photographe.
Serge Clément
Nulle part, ailleurs.

Dans le cadre de « Libres échanges », sept galeries d’art contemporain de Lyon accueillent sept galeries d’art contemporain de Montréal. Nous recevons la galerie Simon Blais qui, comme nous, défend l’oeuvre de Serge Clément.
 
Pour certains, la photographie est documentaire, pour d’autres, elle est la danse de l’instant saisi au gré des inconstances du temps, pour d’autres encore, elle est le constat, la trace d’une mise en scène dont elle est la servante. Et il y a ceux, tels Serge Clément, inexorablement poussés comme dans une rêverie, vers un espace qui est fait de temps et d’entre temps miroités par les reflets du visible. Les rêveries, dans ce cas, sont des phénomènes de la solitude, phénomènes qui ont leurs racines dans l’âme du rêveur. Pour croître, il leur suffit d’un prétexte, le décor est un déclencheur pour que les souvenirs s’établissent en images. Serge Clément explore la stabilité, la tranquillité de ses rêveries pour s’échapper et atteindre un état d’âme : son espace poétique. Il nous faut donc nous faufiler dans cet univers imaginé où seules nos perceptions en désordre peuvent nous servir de guide. Le silence propre de ses photographies nous murmure la profondeur et la plénitude de cette solitude qui, à chaque fois, tente de réécrire le monde avec ses fantômes. Ombres, griffures, traces, inscriptions se mélangent, se superposent dans des cadrages où le paysage organisé par le grain propose des noirs, des gris, des blancs, des pluies, des pénombres, des palissades, des trottoirs, des passants. Une fantastique charge de matière photographique déflagre pour saisir dans l’instant d’étincelantes visions où les profondeurs de vie du photographe, sans aucune autre intervention que celle de la prise directe, se pétrifient en palimpseste silencieux. Nous sommes face à un espace de fiction dans lequel se contractent, en un seul temps, des échos de réel qui mettent en présence les rêveries de Serge Clément qui, nulle part, ailleurs, ne peuvent être visibles.
Chaque photographie concentre en elle un ensemble obscur de temps arrêtés qui, dans leur tressage, installe l’univers abstrait de la poésie des états d’âme du photographe. Les lumières défendent leur part à l’ombre en glissant subtilement au creux de la matière pour nous permettre de circuler parmi les détails, elles s’enroulent dans la profondeur infinie de l’énigme du silence de la surface photographique.

Jacques Damez